L'Image au Menu
- Philippe Cartau

- 15 déc. 2025
- 3 min de lecture
Le colloque La culture visuelle de la gastronomie les 18 & 19 décembre 2025 à Paris nous permettra de mieux comprendre le rôle de l'image dans la naissance de la gastronomie.
L’histoire de l’humanité se décèle dans celle de la gastronomie.
En effet, celle-ci se fait, à sa propre échelle, le champ de bataille entre l’image et l’écrit, entre la symbolique et la réflexion, entre l’émotion et le raisonnement.
Or, dès lors où, sans aucune considération pour l’autre, l’apparat se fait roi, ou bien l’écriture se fait cardinale, le déséquilibre des pouvoirs, sans soupape, entraine un conflit entre la cuisine et la salle qui retentit au-delà des siècles comme des casseroles perpétuelles.
Dans le monde de la gastronomie, l’esprit compte autant que la matière. Le partage des pouvoirs entre le chef et le gastronome est essentiel pour se renouveler et perdurer.
Mais avec l’avènement du numérique, l’emprise grandissante de l’image aux dépens de l’écriture s’assimile à un putsch. Faire fi de la réflexion au profit d’une image porteuse uniquement d’émotions et d’inconscient revient à confier tous les pouvoirs à un sens et ignorer les autres ; c’est comme si l’on renonçait au goût pour se contenter uniquement de flatter le regard.
Il est donc urgent de sortir de la guerre des étoiles pour rétablir l’équilibre des farces en redonnant à la plume ce qui appartient à la plume.
Sans aller jusqu’à pourchasser les nouveaux saints au point d’en faire des têtes de veaux, il est vrai que l’aimable dévoué de la gastronomie qu’est l’auteur de ces lignes s’est imaginé par moment pourfendeur de ces nouveaux iconolâtres nourrit à Top Nef. Biztronomy est en partie né en réaction à ces dévots de l’image car celle-ci est omniprésente et étouffante. Figée ou mouvante, elle éloigne notre regard de la parole écrite, celle que l’on domine de notre tempo ou de nos ratures, celle qui nous permet de raisonner nos morceaux.
Seulement, votre dévoué serviteur de cette immense discipline qu’est celle de la table a été biberonné, lui aussi, aux images, que ce soit aux esquisses de Michel-Ange, les expressions de Rembrandt, celles encore de Leonard ou bien les grimaces protéiformes des gargouilles de nos temples.
Il reconnait donc l’importance de l’image dans toute construction intellectuelle et artistique. S’il nous est permis de penser que la gastronomie est née d’un champ littéraire - car il était plus aisé, notamment au début du XIXe, de s’approprier et reproduire une parole qu’une image - il est de notre devoir le plus sacré, en tant que gastronomes assidus, de fuir les postures réductrices et de s’intéresser à toutes les influences.
C’est précisément ce que nous permettra de faire le colloque qui se tient cette semaine à Paris.
La culture visuelle de la gastronomie qui se tient à la Galerie Colbert, les 18 et 19 décembre, nous offrira l’occasion de méditer sur l’influence précoce qu’a eu l’image sur notre discipline bien-aimée. Des speakers de renommé, d’Europe et d’Amérique, aborderons l’image dans la gastronomie sous toutes ses coutures.
Ainsi, ce colloque permettra aux gastronomes soupirants, aspirants ou inspirés de mieux saisir l’interaction profonde, complexe et intemporelle entre l’image et l’écrit, notamment lors de cette période post-révolutionnaire qui inspira tant Grimod de la Reynière puis Brillat-Savarin.
Colloque La culture visuelle de la gastronomie / Visual Culture of Gastronomy Paris, 18-19 décembre 2025
Salle Vasari, galerie Colbert, 6 rue des Petits-Champs / 2 rue Vivienne
Organisé par le Centre de recherche Histoire culturelle et sociale de l’art – HiCSA (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et OCAD University (Toronto)
Avec Marieke de Baerdemaeker, James A. Benn, Emma Burston, Julia Csergo, Frédérique Desbuissons, Panagiotis Doudesis, Steve Gallizia, Michael Garval, Jérémie Koering, Annemarie Kok, Valérie Montens, Camille Napolitano, Pascale Rihouet, Peter Seeland, Max Shrem, Mathieu Guy Michel Somon, Élise Urbain Ruano, Allen S. Weiss, Ryan Whyte




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